…Certains préjugés sucés avec le lait
Deviennent des tyrans jusque dans la vieillesse.
a dit Chénier. Remplacez le mot «vieillesse» par le mot mort, et vous aurez une idée complète, malheureusement vraie.—Le préjugé est une sève féconde, dont toute l'influence ne saurait être détruite que par une autre sève, celle de l'éducation… et encore!
Nul de nous, hélas! n'est exempt de préjugés! Fils de l'entêtement et de la tradition, les préjugés sont mis en nourrice chez la paresse, ensuite formés à l'école de l'habitude et définitivement portés à l'empire du monde par l'amour-propre individuel.
Le préjugé ne compte guère qu'un antagoniste avec lequel il livre depuis un siècle une lutte acharnée.
Cet antagoniste, c'est le livre: le livre le harcèle, le pousse dans ses derniers retranchements, l'assiège, l'affame, et ne lui laisse ni trêve, ni merci!
Étonnez-vous donc que tant de gens momifiés attaquent, comme pernicieux, le développement de la presse!
Le préjugé vous dit:
Les enfants sont solidaires des fautes de leurs parents, les parents solidaires des fautes de leurs enfants.
En d'autres termes:
Un fils vole, assassine; une fille pèche contre l'honneur; le père et la mère doivent être méprisés!