»—Autant que les devoirs de mon emploi me le permettront.
»—Sans doute, grommela le capitaine, car de même que tous ses collègues, il n'aimait pas les surveillants qu'on leur impose.
»Je fus installé à bord dans une mauvaise cabine, juste à peine assez grande pour qu'un homme s'y put remuer, et où nous couchions, quatre: le pilote, le premier maître, un mousse et moi.
»Avant le départ, pour les bancs de Terre-Neuve, je m'étais renseigné sur la question des pêcheries.. Les caps Anne et Cod sont les deux points principaux où l'on fait la guerre au maquereau, sur les côtes de l'Amérique septentrionale.
»La flotte, employée chaque année à cette pêche, se partage en deux sections: l'une suit le poisson dans l'Atlantique, depuis les caps de la Delaware jusqu'aux rivages occidentaux de la Nouvelle-Écosse. Ces bâtiments nombreux et de petite dimension se tiennent toujours en vue les uns des autres, et, comme ils couvrent l'Océan d'amorces, ils capturent généralement plus de poissons que ne le feraient des vaisseaux occupés isolément à la même besogne dans les mêmes eaux.
»Cinq cents navires environ, jaugeant de soixante-dix à cent vingt tonneaux, forment ce qu'on homme la flotte de la baie ou l'autre section, organisation totalement distincte de la première.
»Parmi ces bâtiments, ceux qui sont affrétés pour le cap Anne sont les plus petits; ils jaugent de soixante-dix à quatre-vingt-dix tonneaux. Ceux du cap Cod en ont de quatre-vingt-dix à cent vingt. Une vive émulation règne entre les gens des deux caps. Elle dégénère souvent en des rixes sanglantes.
»Les pêcheurs ne reçoivent pas de salaires; mais ils ont droit à la moitié du poisson pris, déduction faite, sur leur part, de ce qui est dû pour les frais d'appât, les gages du maître-queux, et le prix, par baril, de l'inspection» l'empaquetage et la salaison.
»Le dernier article coûte environ sept francs par baril. En somme, on peut évaluer aux trois septièmes environ les bénéfices nets qui reviennent à chaque homme sur la prise générale: Les patrons des navires fournissent toutes les provisions, le sel, les hameçons, les lignes, le plomb, l'étain, etc., et habituellement ils se réservent le droit de vendre le poisson au plus haut prix qui leur est offert avant que le vaisseau soit prêt à recommencer un autre voyage.
»L'équipage peut, toutefois, disposer à son gré de sa part, mais rarement il use de ce privilège, préférant s'en rapporter aux propriétaires qui font la vente et remettent l'argent à leurs hommes.