XX
L'aurore se montra souriante, radieuse; bientôt un rayon de soleil, aux teintes molles et rosées, vint se tamiser à travers les persiennes de la fenêtre de mademoiselle Angèle et s'ébattre sur le plancher de sa chambre.
La jeune fille se leva et s'approcha du cabinet. Elle frappa timidement, mais sans recevoir de réponse. Après avoir attendu une minute ou deux, Angèle se détermina à entrer.
Alphonse était couché; son corps frissonnait, ses dents s'entre-choquaient, il avait le visage inondé de sueur, et ses grands yeux ouverts, immobiles, annonçaient l'égarement.
Angèle s'approcha et lui prit le bras:
—Êtes-vous plus malade?
Il resta silencieux sans changer de posture. Son haleine était chaude et bruyante.
—Il a la fièvre! une fièvre cérébrale! murmura la jeune fille! Mon Dieu! quelle affreuse situation pour tous deux! Que faire? Appeler un médecin. Il n'y faut pas songer! Le garder ici, près de moi? On s'apercevra de sa présence! Et les soins qui lui manqueront… mon Dieu! mon Dieu! qui pourra me tirer d'embarras?… Mais… oh! oui, c'est ça! oui! mon bon ami Pierre! oh! il ne me refusera pas! j'en suis certaine. Allons, je cours chez lui, avant qu'il ne soit parti.
En achevant ces mots, mademoiselle Angèle jeta une mante sur ses épaules; et, après avoir enfermé son protégé à double tour, se rendit précipitamment à la rue des Voltigeurs.