—Oh! non, il est gentil, lui, pour Merellum et pour tante.

—N'est-ce pas? fit la tête-plate d'un ton enivré.

L'enfant répondit en la baisant avec effusion.

—Tu ne me dis toujours pas qui t'a conduite ici? reprit la première après un moment de silence.

—Un grand trappeur bien laid, bien laid, tante, répliqua vivement Merellum en jetant de côté et d'autre des regards effarés, comme si elle eût craint d'être entendue. Il me battait, tante… Ce n'est pas comme oncle blanc.

—Mais où ce trappeur a-t-il pris ma Petite-Hirondelle?

L'enfant alors, d'une voix entrecoupée, rapporta l'histoire de sa fuite, à partir du moment où les Chinouks avaient surpris Ouaskèma, jusqu'à l'heure où elle était arrivée, avec les trappeurs et les Clallomes, devant les ruines fumantes de l'établissement de Poignet-d'Acier.

—Alors, dit-elle, tes frères, tante, furent irrités. Ils dirent que les trappeurs les avaient trompés, qu'ils avaient la langue croche. Ils voulaient les scalper, parce qu'ils ne te trouvaient pas. Mais un autre parti de Clallomes nous rejoignit en bateau. Ils avaient vu des Chinouks dans les îles voisines, et ils croyaient qu'ils t'avaient tuée avec oncle. Tes guerriers dirent qu'ils les poursuivraient. Ils montèrent dans les canots amenés par les autres, eux et les trappeurs, et on me laissa près du fort Astoria avec un chef qui était malade. Le chef me dit d'aller lui chercher des coquilles pour manger. Pendant que j'en ramassais, un grand visage-pâle vint près de moi. Je voulus me sauver, car il n'était pas beau comme oncle; il me faisait peur! Mais il me prit dans ses bras, me porta dans un canot et me mena ici. Je suis bien contente de t'avoir retrouvée, tante! Laisse-moi t'embrasser… encore… encore!

—Mais le chef blanc qu'est-il devenu? demanda l'Indienne rendant avec usure à l'enfant ses marques de tendresse.

—Oncle Poignet-d'Acier?… je ne sais pas, répondit Merellum, ouvrant de toute leur largeur ses yeux bruns et regardant Ouaskèma d'un air surpris.