—Mon frère, ne retourne pas sur la montagne! fit Ouaskèma d'un ton suppliant.

—Jean, s'écria Poignet-d'Acier, tu es leste, prends ta carabine et viens avec moi. Vivant ou mort, nous aurons l'animal.

—Mon frère!… reprit l'Indienne avec un redoublement d'instances.

Mais Poignet-d'Acier ne l'entendait plus. Ses instincts de chasseur, une fois éveillés, le dominaient despotiquement. Il était déjà à moitié de la falaise qu'il gravissait avec la rapidité d'un daim, et Jean, malgré sa réputation d'agilité, avait bien de la peine ne pas se laisser distancer.

—Le grand chef blanc est intrépide, mais il est imprudent, murmura Ouaskèma en se soulevant sur son coude droit, afin de le suivre des yeux.

La lune se montra, pleine, radieuse, dissipant les molles brumes que le crépuscule avait épanchées sur la Colombie. Poignet-d'Acier mettait le pied sur le sommet du cap Désappointement. Un second mugissement, plus formidable que le premier, salua son apparition.

Et alors, au milieu des cadavres des Chinouks, l'aventurier aperçut un buffle énorme, au dos blanc comme la neige, mais à la crinière épaisse aussi noire que l'ébène, qui, les cornes droites, la tête relevée, les pattes de devant tendues roides, le regardait fixement de son grand oeil largement dilaté.

Ses beuglements redoublèrent à l'approche du chasseur. Leur intonation avait quelque chose de triste, de désespéré, qui frappa Poignet-d'Acier.

Jean arrivait sur le plateau.

—Glisse-toi derrière le buffle, lui dit le capitaine, mais ne tire que si, par hasard, ma vie était en danger.