Bientôt, il ne désira plus sa guérison que pour jouer un méchant tour à son rival. Ses camarades Ben et Joice l'approvisionnaient de nourriture; mais rarement ils restaient plus de quelques minutes avec lui. Aussi, la solitude envenima-t-elle considérablement la haine de Bill Brace.

Un autre que lui eût succombé. Mais il était doué d'un tempérament très-vigoureux, et, au bout de quelques jours, il fut sur pieds quoiqu'il ne fût pas entièrement rétabli. Il se mit aussitôt à la recherche de Pathaway.

D'abord il découvrit le camp de Nick, et, dans la même soirée, il assista au retour du trappeur qui venait, avec Pathaway, d'arracher Portneuf à son supplice. Restant blotti derrière un bouquet de pruches, Bill Brace ne cessa de surveiller la cabane de Nick Whiffles. Il remarqua la sortie de Pathaway, le lieu où il s'était placé, et son coeur bondit d'une joie féroce.

L'apercevez-vous encore qui rampe et se glisse vers la pelouse occupée par le chasseur noir?

Il va lentement, mais sans bruit; il est malade encore, mais cependant le sang afflue à son visage et il ne sent plus ses souffrances. Il est en proie à une émotion voluptueuse. Il n'a rien mangé, rien bu depuis plus de vingt-quatre heures, et pourtant les aiguillons de la soif et de la faim ont cessé de le tourmenter.

Ah! que prompte et patiente est la vengeance à la poursuite de son objet et que timide et impatiente est quelquefois la vertu engagée à la meilleure des causes!

Comment se fait-il, mon Dieu, que les passions mauvaises brûlent plus profondément et possèdent une énergie de détermination mieux trempée que les bonnes?

A mesure qu'il avançait, Bill Brace éprouvait une jouissance plus intense.

Tuer son ennemi devait lui causer des délices pareilles à celles de l'Indien qui scalpe une chevelure.

Heureusement pour Pathaway que ce bandit n'avait pas d'autre arme qu'un couteau, car déjà la distance entre eux était si courte qu'un pistolet eût été un instrument fatal dans la main exercée de Bill.