Mais, en observant autour de lui, le jeune Indien vit les yeux de
Sébastien contemplativement fixés sur le chasseur noir.
Quelque empire qu'exerçât sur lui sa volonté, Joe eut un tremblement visible et ses dents se serrèrent à se briser.
Infortune et Maraudeur, plâtrés dans les hautes herbes que broutaient les chevaux, se levèrent; chacun des veilleurs vigilants se plaça près de Sébastien, éventant au loin, inventoriant et de l'ouïe et de la vue.
Soudainement averti d'où s'approchait quelque chose ou quelqu'un, Maraudeur, par une aspiration prolongée, sembla dire à son maître—«prends garde!…»—Que tu sens mon vieux!… demanda Nick au brave chien.
Ce fut un sourd grondement d'infortune qui répondit. Poussé du côté d'où le soleil dardait ses premiers feux, il indiqua aux aventuriers le point de mire à leur suspicion.
Peut-être n'était-ce que le souffle de la brise matinale, qui agitait les plantes et, les arbustes poussés au faîte de la muraille basaltique, on bien un oiseau inquiet pour sa couvée du voisinage d'un reptile?—Non… Qu'était-ce donc?… Rien encore de visible!…
Mais le danger s'avançait… un réel danger, puisque Nick Whiffles, sans mot dire, prit en mains sa longue carabine et l'arma, mit à la portée de sa dextérité ses pistolets et le bowie-knife, qu'il portait, comme tous les trappeurs.
Ce que voyant, Portneuf et le chasseur noir firent de même.
Joe resta, lui, à la même place, immobile, pensif et désarmé, tandis que Sébastien se mit au centre du groupe et tout près du Canadien. Malgré la douloureuse blessure de son bras, l'adolescent prit une flèche, la tint entre ses dents, tandis qu'il bandait son grand arc.
La violente tension imposée à son bras blessé en fit jaillir le sang, mais elle n'arracha pas une plainte à Sébastien.