Plus Pathaway le dévisageait, plus il s'applaudissait de ce qu'il faisait; car la physionomie du trappeur était franche, ouverte, et vraiment distinguée.
Après avoir bandé la tête avec un mouchoir assujetti par sa ceinture,
Pathaway versa quelques gouttes d'alcool sur les lèvres du blessé.
La chaleur du tonique opéra magiquement. La poitrine de cet homme se
souleva; il agita ses membres et ouvrit les yeux.
—Comment vous sentez-vous? ça va-t-il mieux? demanda doucement
Pathaway.
Le trappeur répondit en promenant autour de lui un regard vide, atone.
Il n'y avait ni âme, ni langage dans ses yeux.
—Le coup lui a affecté le cerveau; son esprit est absent, murmura instinctivement Pathaway en portant la main à son front comme s'il y eût reçu la blessure.
Il commença ensuite ses lotions.
Cependant, quoique le jeune trappeur reprît évidemment des forces, nulle lueur d'intelligence ne revenait illuminer son visage morne. Ôtant son propre capot, Pathaway l'en couvrit et l'aida à se levât. Le blessé réussit à se mettre debout, à marcher même; mais il manquait de la raison nécessaire pour guider ses pas à travers les montagnes et les prairies.
A ce spectacle, une douleur poignante s'empara du chasseur noir. Il employa tous les artifices possibles afin de réveiller la mémoire endormie de l'infortuné. Ce fut inutile.
Un sourire stupide, voilà tout ce qu'il en put obtenir.
—Pauvre diable! pauvre diable! J'espère que ce ne sera que passager. Que faire pour lui? La Providence m'en a confié la charge, je remplirai mon devoir.