»Je vous dis, et vous le savez, que dans quinze États de l'Union il existe un despotisme plus terrible qu'en Autriche ou en Russie, et qu'on peut s'exprimer plus librement à Vienne et à Saint-Pétersbourg que dans ces quinze États.

»Avant de finir, je vous raconterai une nouvelle infamie commise par les gens du Sud. Dans une foire de bestiaux, tenue récemment dans la Caroline du Sud, on a offert un prix à celui qui présenterait deux esclaves nouvellement importés d'Afrique. Ces esclaves ont été présentés par un individu, et l'État de la Caroline a donné pour prix à ce pirate un vase en argent.»

Le Rév. W.-H. Brewster s'adresse alors au meeting. Nous extrayons les passages suivants de son discours:—

«Il y a des moments où le silence est beaucoup plus éloquent que les discours les plus approfondis, et où les expressions les mieux choisies et les plus fortes n'expriment que faiblement les douleurs de l'âme.

»Pourquoi cette salle tout habillée de deuil? Pourquoi cette réunion immense? Aujourd'hui tous les yeux on été dirigés vers le même point; deux hommes ont occupé toutes les pensées,—deux hommes bien différents, il est vrai, pour le caractère, pour la position et pour l'Histoire. L'un est gouverneur, l'autre était un captif; l'un le bourreau, l'autre la victime! L'un était sur l'échafaud, l'autre dessous, car l'échafaud sur lequel John Brown s'est si héroïquement tenu est infiniment plus élevé que les aspirations d'êtres tels que Wise.

»Je sais qu'il y a dans cette ville des hommes assez vils et assez serviles pour chercher à jeter du ridicule sur cette assemblée. Comment n'en serait-il pas ainsi! Ne s'en trouva-t-il pas, il y a dix-huit cents ans, qui insultaient Jésus allant au Calvaire, et qui criaient Aha Aha! en passant au pied de sa croix? Mais que nous importe ce que font ou ce que disent ces hommes? John Brown et ses actes sont trop grands, trop élevés pour que leur venin les atteigne. L'homme, cet homme est le héros que nous pleurons aujourd'hui,—qui a dit quatre jours avant sa mort: «Je suis reconnaissant de ce qu'il me soit permis de mourir pour une cause et de ne pas payer purement à la nature ce que tous les hommes lui doivent,»—cet homme, dis-je, est immortel.

»Regardez John Brown, lisez ses lettres, lisez son éloge fait par Wise lui-même, et puis rougissez de honte en pensant qu'au milieu du dix-neuvième siècle, l'Amérique dresse un échafaud pour cet homme. Mais la postérité lui élèvera des statues, et le temps viendra que le marbre le plus blanc ne sera pas cru assez pur pour recevoir le nom du vieux héros du Kansas.»

M. C.-H. Langston, homme de couleur, a fait un discours remarquable, dont voici quelques extraits:—

«Messieurs et Mesdames,—Je suis fâché de ne pouvoir vous apostropher, comme ceux qui m'ont précédé sur cette estrade, par le nom de Chers compatriotes. Ma condition exceptionnelle dans ce pays de CHAÎNES et de TORTURES m'empêche de vous donner ce nom si doux.

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