Brown ne l'oublia point. Il le rassura par ces mots, prononcés à mi-voix, en le quittant:
—Jeune homme, aie courage, l'injustice t'inflige six mois de prison, la justice te rendra la liberté avant six jours. Au revoir, sois toujours fidèle à notre devise: Tout pour l'abolition de l'esclavage!
—Merci, capitaine, répondit fermement Edwin, j'ai foi en vous!
Une voiture, attelée de deux chevaux blancs enguirlandés de fleurs, attendait à la porte du tribunal.
Brown y fut porté au milieu des acclamations assourdissantes de ses partisans, qui hissèrent[6] le gouverneur Robinson, lorsqu'il sortit un peu après de la salle d'audience.
[Note 6: Ce terme très expressif, formant onomatopée, a été emprunté par les Franco-Américains aux Anglais. Il vient du verbe to hiss (siffler quelqu'un).]
VIII
LE CAMP DE BROWN
Trois ans se sont écoulés; nous sommes en 1858. Brown a senti que c'était au fer, non à la parole, à la plume, qu'il devait désormais demander la poursuite de sa noble entreprise. Il a fait un appel aux abolitionnistes. Ils sont accourus en foule se ranger sous le drapeau de l'intrépide capitaine.
De leur côté les esclavagistes, conduits par un nommé Hamilton, et appuyés de l'autorité du gouverneur Shannon ont fait une levée de boucliers pour imposer l'application du bill de Nebraska.