Il la couvrait de baisers, et elle répandait dans son sein des larmes délicieuses.

C'était un si touchant tableau, que Borrowdale sentit des pleurs mouiller sa paupière.

—Merci, mon Dieu! merci! répétait le pauvre père. Mes peines sont finies! merci, je suis heureux maintenant que j'ai retrouvé ma fille.

—Vous me pardonnez donc! balbutiait Madeleine au milieu de ses sanglots.

Voulant les laisser tout entiers à la joie de cette réunion, Borrowdale, avec sa délicatesse habituelle, se retira discrètement.

CHAPITRE XII

LE CONTRASTE.—LE DERNIER CHEZ NOUS, OU NOUS SOMMES TOUS CHEZ NOUS.

Noël était descendu dans l'oubli, le Nouvel An avait été trompeté, et l'on était au soir du Grand Jour des Rois, ce jour par excellence, ce jour glorieux des gâteaux monstres, de la gaieté universelle, lequel, quoique peu observé au Canada, reste toujours une des fêtes les plus solennelles et les plus brillantes pour ceux qui n'ont pas perdu le souvenir des vieilles institutions et des antiques coutumes de leur Mère Patrie, ou qui n'ont pas effacé des tablettes de leur mémoire ces vastes et inépuisables fontaines des joies de leur enfance, et des moments de véritable bonheur de leur jeunesse.

Cependant, depuis longtemps, bien longtemps, les Borrowdale négligeaient ces coutumes, tombées en désuétude, et quoiqu'ils eussent, naturellement, fait grande largesse à la Noël, plus grande au premier jour de l'an, ce jour, le jour immortel entre les immortels, ils en étaient venus à le méconnaître.

Aussi, ce jour-là, nous trouvons la famille des Borrowdale—madame Borrowdale, Laure et Borrowdale lui-même—assise près du bon petit feu de leur salon.