C'est là que vivent les esclaves de la peine, les enfants de bien des maux, le misérable et le mendiant; là aussi hurlaient et se lamentaient les vents malicieux, le jour où commence cette histoire; là, ils soulevaient la neige et la fouettaient contre les pauvres demeures; là, ils tourbillonnaient, tourbillonnaient autour de chaque cabane, cherchant une ouverture pour entrer, sifflant avec furie quand ils l'avaient trouvée, ou s'éloignant bruyamment quand ils n'en découvraient pas et comme si toute leur malice était uniquement dirigée contre les déshérités de la fortune, de même que, dans le monde, le fort s'exerce surtout contre le faible, parce que ce dernier n'a rien pour se préserver de ses rudes attaques.
Oui, souffle, mugis et fais rage, ô vent! tu as un rôle à jouer dans ce grand drame. Quelques-unes de tes victimes sont déjà bien misérables; tu penses encore à ajouter à leurs angoisses, ce n'est qu'un autre artifice dans ce long catalogue de détresse. Oui, quelques-unes sont déjà bien dénuées,—oui, même dans cette petite hutte autour de laquelle tu te livres à une hilarité si éclatante, si ironique—elles sont bien dépourvues, il ne manque pas de trous pour te laisser entrer; on ne peut t'expulser: entre donc, ô vent; nous 'te suivrons.
C'était une des plus laides et des plus repoussantes cabanes qui fussent en ce lieu; et Dieu sait que la laideur ne manquait point parmi elles. La seule fenêtre qu'elle possédât était brisée et grossièrement raccommodée avec des haillons; la porte raboteuse paraissait avoir peine à se tenir sur ses gonds; l'escalier et diverses parties de la charpente extérieure avaient été enlevés, afin d'aider à résister momentanément à l'ennemi commun; et c'était, en somme, une habitation aussi inhospitalière qu'on en peut imaginer une pour abriter une portion de l'humanité.
L'intérieur n'était pas moins repoussant que l'extérieur.
Il se composait d'une seule chambre, dont le plancher, la tablette de cheminée et les lambris avaient disparu.
Quelques braises, se consumant lentement dans le foyer sans chaleur, disaient assez pourquoi le peu de mobilier de cette pièce paraissait avoir partagé le même sort, car il était mutilé, défiguré, au point que ces restes semblaient bons tout au plus à faire aussi du feu.
La neige moite s'était introduite de toute part. Elle marquait le sol en vingt places, et les vents coulis exhalaient de tout côté leur baleine glaciale.
Vraiment, il ne faisait ni chaud ni bon dans la pauvre cabane ce jour-là!
On y remarquait deux jeunes filles, puis un tout petit garçon accroupi en un coin de la cheminée, et leur mère portant un enfant à la mamelle.
Les filles et la mère étaient assises devant les charbons agonisants.