La crise politique à laquelle le Canada était en proie a fait des progrès effroyables: elle touche à son paroxysme.

Quelques lignes d'explication sont nécessaires à l'intelligence des faits qui vont se dérouler.

On a vu que, lors de la cession du Canada à l'Angleterre par la paix honteuse de 1763, la colonie était presque entièrement française.

Une fois en possession du pays, la Grande-Bretagne remplaça tous les fonctionnaires civils et militaires; puis elle poussa l'immigration de ses sujets vers les rives du Saint-Laurent.

Ces derniers étaient encore en très-faible minorité dans le pays, que, déjà, ils tyrannisaient les vaincus, grâce à l'appui de la force armée, dont ils disposaient arbitrairement.

Conformément au système gouvernemental anglais qui fut en partie adopté, les juges devinrent tout-puissants; et, dès 1803, un de ces magistrats, M. Sewell, demanda la suppression de la langue française, l'abolition de la religion catholique, et l'exclusion des Canadiens-Français de toutes les charges publiques.

Si cette demande ne fut pas sanctionnée par un acte officiel de la mère-patrie, elle n'eut que trop d'admirateurs parmi les Anglais de la colonie, qui s'en autorisèrent pour redoubler leurs vexations.

Vainement nos malheureux compatriotes firent-ils preuve d'un dévouement sans bornes à leurs maîtres, soit lors de la révolution américaine de 1775, soit lors de la guerre de 1812, ils furent constamment traités comme des factieux, écrasés d'impôts et soumis aux plus atroces persécutions.

La prolongation d'un état de choses aussi anormal, aussi odieux, disons le mot, fut la source d'un fléau que la Grande-Bretagne n'avait pas prévu, mais qui devait inévitablement arriver:—Ses agents, investis de pouvoirs illimités, employèrent ces pouvoirs à la satisfaction de leurs passions personnelles, et bientôt ils frappèrent sur les colons anglo-saxons aussi bien que français.

Le trésor de la province fut livré à un gaspillage monstrueux. Les exactions et les concussions les plus éhontées devinrent à l'ordre du jour: tous les fonctionnaires s'en mêlèrent, à l'envi, tous, depuis le plus haut jusqu'au plus bas, depuis le gouverneur-général jusqu'aux simples schérifs.