—Avec quel enthousiasme tu dis cela! fit sa mère en appuyant doucement la main sur son épaule.

Léonie sentit que ses joues devenaient brûlantes. Elle baissa les yeux.

—Il lit nos grands poètes, dit madame de Repentigny.

—Et il écrit aussi, repartit la jeune fille, en jetant les yeux sur la table. Tiens, regarde, maman; voilà un manuscrit: Histoire des grands chefs.

—En effet, car.....

—Écoute donc, maman, s'écria tout à coup Léonie, en posant un doigt sur ses lèvres.

Par un sentiment bien facile à comprendre, madame de Repentigny tâchait de détourner de sir William les pensées de sa tille. L'apparition aussi ridicule que peu séante de l'officier était pour elle un motif de grave contrariété. La cause son emplumement, elle la devinait. Mais c'était un sujet délicat à traiter avec une jeune personne. Elle appréhendait le moment où Léonie allait faire ses réflexions à cet égard. Méditant les réponses les plus convenables qu'elle pourrait opposer à ses commentaires, elle était enchantée de voir son esprit occupé ailleurs.

Malheureusement, la chambre de Co-lo-mo-o n'était séparée de la salle que par une légère cloison, à travers laquelle on percevait tout ce qui se disait, à voix haute, dans l'une ou l'autre pièce, et Léonie, qui avait reconnu sir William aussi bien que sa mère, avait entendu ces mots:

—Les misérables! ils voulaient me brûler à petit feu!

—Regarde la jolie coupe, comme elle est coquettement tournée, dit madame de Repentigny.