Cherrier était atterré.
En rentrant dans la factorerie, Poignet-d'Acier lui prit le bras en disant:
—Venez avec moi, mon ami; nous ferons un tour sur le bord de la
Colombie; je désire vous parler.
Le jeune homme se laissa machinalement conduire. Quand ils furent seuls, à quelque distance du fort et sur une élévation qui permettait de distinguer fort loin autour de soi, le capitaine dit à Xavier:
—Mon ami, j'ai une proposition à vous faire.
Cherrier ne répondit pas. Il regardait d'un air sombre le rio Columbia qui roulait avec fracas au-dessous d'eux ses ondes écumeuses.
—Écoutez-moi, continua Poignet-d'Acier; ce que vous souffrez, je l'ai souffert; j'ai même souffert davantage, et je puis dire que peu d'hommes ont été éprouvés par la fatalité aussi cruellement que moi. Comme vous, j'ai contemplé le suicide avec amour. Mais il faut vivre. La nature nous l'enjoint expressément, et cette vie, qui vous paraît si amère maintenant, elle aura encore des saveurs agréables, du miel pour vous.
—Jamais, monsieur! oh! jamais! s'écria Xavier avec angoisses.
—Voulez-vous vous confier à moi, monsieur Cherrier? demanda le capitaine d'un accent sérieux.
Son interlocuteur le regarda avec étonnement.