—Ma question vous surprend, je le conçois, reprit Villefranche. Mais supposez qu'au lieu d'une blessure morale vous soyez afflige d'une blessure physique, trouveriez-vous étrange qu'un médecin vous fît cette question? Non, assurément. Eh bien! vous n'ignorez pas qu'il y a des médecins pour l'âme comme il y en a pour le corps. J'ai plus du double de votre âge, une assez grande connaissance des hommes et des choses, et la certitude de vous guérir si vous consentez à suivre mes conseils.

—Oh! mais je ne veux pas, je ne peux pas guérir de mon amour! fit
Xavier. Vous ne savez pas combien je l'aimais, monsieur!

—Au contraire, répondit doucement Villefranche, je suis assuré que vous l'aimiez beaucoup et que vous étiez digne de sa tendresse.

—N'est-ce pas, monsieur? dit-il en pleurant.

—Oui, j'en suis convaincu.

—Ah! comme elle m'aimait, elle aussi!

—Je n'en doute pas. Elle avait de grandes qualités. Je le sais, moi qui l'ai presque élevée! Aussi, croyez que sa perte m'affecte jusqu'au fond des entrailles.

Poignet-d'Acier prononça ces mots d'une voix émue dont le timbre toucha vivement Xavier.

—Si, reprit le capitaine, vous voulez venir avec moi, nous causerons d'elle et ce sera une grande consolation pour moi.

—Ah! oui, causer d'elle, ce sera encore du bonheur! murmura le jeune homme en remerciant Villefranche par un regard reconnaissant.