Se tête était ornée de plumes d'aigle, et sa longue chevelure, peignée avec soin, flottait en ondes épaisses jusqu'à ses pieds. Une peau de caribou, blanchie à la pierre-ponce et enjolivée de broderies en rassade était gracieusement drapée comme un manteau sur ses épaules.

Le sagamo ne portait aucune arme; néanmoins, dans ses mains il tenait des couvertes écarlates qu'il avait troquées avec les chasseurs blancs contre les produits de sa chasse, des colliers de ouampums et de tiacomoshak, des robes d'hermine, de renard argenté, et son grand arc en dent de narval, mais sans une seule flèche.

Les couvertes, les colliers, les pelleteries étaient des présents de noce pour sa fiancée, la belle Lioura, la Blanche-Nuée; l'arc était destiné au père de celle-ci. Ce n'était pas sans regret que Molodun s'en séparait, car lui aussi croyait à sa vertu magique; mais le père de Lioura l'avait exigé en échange de la main de sa fille, et l'amour du jeune homme pour Lioura avait triomphé de sa répugnance à se dessaisir d'un objet aussi précieux.

Molodun s'achemina vers la loge de la Blanche-Nuée.

En y arrivant, il déposa ses présents à la porte et frappa avec la paume de la main droite.

—Le coyote! le coyote! crièrent aussitôt plusieurs voix de femmes à l'intérieur de la hutte.

Il frappa une seconde fois.

—Le coyote! le coyote! répétèrent les voix avec irritation.

—Ce n'est plus le coyote, dit-il; c'est Molodun, le chef aimé des Nez-Percés, qui a battu ses rivaux et qui vient réclamer Lioura, la vierge que son coeur a choisie.

—Mais, fut-il répondu d'un ton moqueur, qu'est-ce qui prouve que le coeur de Lioura a choisi Molodun?