—Molodun est prêt à subir les épreuves auxquelles Lioura voudra le soumettre.
—Que Molodun essaye d'entrer.
Alors le sagamo tira la porte à lui. Elle céda. Et, dans la hutte, il put voir une douzaine de jeunes filles échevelées, les vêtements en désordre, qui brandissaient, qui un javelot, qui une pique, qui une flèche, qui un couteau de silex. Furieuses, elles le reçurent l'insulte et la menace à la bouche. Derrière elles apparaissait Lioura, plus furieuse, plus menaçante que les autres.
Molodun devait l'enlever à ses compagnes. Ce n'était pas une tâche facile, car il lui fallait d'abord dénouer; et dévider, sans le briser, un interminable lacis de ouatap, que les jeunes squaws avaient enchevêtré, comme des rets, entre les pieux auxquels était fixée la porte en cuir de buffle.
Sans prendre garde aux injures et aux coups de ces mégères, Molodun se mit bravement à l'oeuvre. Malgré l'obscurité île la nuit qui tombait, rapidement, malgré la lutte qu'il avait à soutenir, malgré le brouillamini des cordes, il parvint à délier le filet, et s'avança dans la loge où régnaient des ténèbres impénétrables. Son succès fut salué par un redoublement de cris. Toutes les femmes se précipitèrent comme des furies sur lui, le lardèrent avec leurs armes, l'égratignèrent avec leurs ongles, le mordirent à belles dents et lui firent cent plaies, cent contusions, jusqu'à ce qu'il eût réussi à saisir Lioura et à l'emporter sur la place, où les Indiennes le poursuivirent encore à coups de pierres.
Lioura ne demeurait pas inactive. De ses pieds, de ses poings elle meurtrissait son ravisseur, le traitant de lâche, de loup-cervier, et se débattant de toutes ses forces pour échapper à ses étreintes.
Mais Molodun semblait insensible aux reproches comme aux blessures. Continuant agilement sa course du côté du ruisseau, il s'y plongea sans hésiter avec son cher fardeau, nagea à l'autre rive, aborda et se dirigea vers les bois.
Si, malgré la profondeur de la nuit, il eût pris une des compagnes de Lioura pour elle, la première serait devenue sa femme, car les sorciers nez-percés auraient jugé qu'Atalapas ou l'Être-Créateur l'avait voulu ainsi.
Dès qu'ils eurent franchi le cours d'eau, Lioura changea de manières. Se pendant mollement au cou de Molodun, et caressant de la main ses cheveux humides, elle sécha son visage sous des baisers brûlants.
Cependant elle ne soufflait pas une parole et le sagamo arpentait la forêt avec la vélocité de l'antilope. Son coeur battait haut, sa respiration était haletante, ses membres frissonnaient et il allait toujours devant lui, sans dévier de sa route.