Nonobstant son jeûne prolongé; ses fatigues, le sang qu'il perdait par les coupures dont les jeunes filles l'avaient labouré, il fit de la sorte quatre lieues sans broncher, sans reprendre haleine.

Il parvint à la porte d'une cabane construite avec des branchages, dans une clairière, l'ouvrit, déposa Lioura sur une couche de mousse et se laissa choir.

Molodun était épuisé. Mais s'il se fût arrêté avant d'atteindre la loge nuptiale, il eût perdu tous les avantages qu'il avait précédemment remportés, et sa fiancée aurait été libre de retourner chez ses parents.

En tombant, il s'était évanoui. Quand il reprit connaissance, il vit Lioura agenouillée à côté de lui et pansant délicatement ses blessures avec des herbes aromatiques.

Le jour avait succédé à la nuit.

Molodun ne pouvait faire un mouvement. Ses membres étaient rigides. Il avait la tête lourde, les lèvres enflammées par une fièvre intense. Il demanda à boire.

La jeune squaw lui servit une tasse d'eau de riz sauvage coupée avec du sucre d'érable. Il but délicieusement ce breuvage rafraîchissant et la remercia par un regard humide d'amour.

—Mon maître est-il content de la Blanche-Nuée? demanda-t-elle.

—Molodun l'aime depuis deux hivers, il est heureux que la Blanche-Nuée soit devenue sa femme.

—Il n'a jamais aimé qu'elle? interrogea Lioura en fixant sur lui un regard scrutateur.