Mais il n'aperçoit rien, le soleil est couché, le crépuscule se fait.
—C'est sans doute, ajoute-t-il, quelqu'un de ces chiens de Nez-Percés qui se sera réfugié dans cet îlot. Bah! nous n'avons pas le temps de nous arrêter pour lui.
Le taureau continue de nager. Les roseaux desséchés ploient et cassent avec bruit sous son large poitrail.
Il n'est plus qu'il une brasse du cèdre où se tient le chef nez-percé; il exhale un second beuglement. Oli-Tahara s'inquiète; il a vu une ombre singulière se réfléchir dans l'eau; il relève la tête.
A ce moment, Molodun, son couteau dans la main droite, fond sur lui comme un vautour sur sa proie. Mais le buffle fait un écart; Oli-Tahara jette un cri retentissant, et l'assassin, au lieu de tomber sur la croupe de l'animal, glisse dans le fleuve, après avoir enfoncé son arme dans le dos du Dompteur-de-Buffles qui s'évanouit en perdant des flots de sang.
Au cri du blessé, les Chinouks accoururent. Quelques-uns le transportèrent sur l'île, d'autres se mirent à la recherche du meurtrier. Mais ils eurent beau plonger dans le fleuve, ou fouiller les roseaux et les massifs d'amélanchiers, ils ne purent le trouver, quoique l'île eut tout au plus un demi-mille de circonférence.
La nuit était tombée.
Pour se consoler de leur insuccès, ils déclarèrent unanimement qu'il avait dû se noyer, et s'assemblèrent autour d'Oli-Tahara. Le métis respirait encore. Le couteau qui l'avait frappé n'était heureusement pas empoisonné. Cependant le jeesukaïn chargé de panser sa blessure ne pouvait répondre qu'elle n'était point mortelle.
Ces circonstances firent ajourner l'expédition des Chinouks contre le village des Nez-Percés, sur la rivière Saaptim.