Dans chacune des huttes du village, on s'était mis en frais pour faire honneur aux alliés. Mais Oli-Tahara déclara que ni lui ni ses guerriers ne participeraient aux festins, car tous avaient résolu de ne point s'arrêter sous une cabane avant d'avoir tiré des Nez-Percés un vengeance signalée.

Le métis avait les traits altérés. Il paraissait toujours souffrir de sa blessure.

Les Clallomes lui dirent qu'ils étaient prêts à marcher sous ses ordres contre leurs ennemis, mais que, comme ils possédaient deux prisonniers nez-percés, ils désiraient les sacrifier à Scoucoumé, pour apaiser son courroux.

Oli-Tahara demanda si ces prisonniers étaient de famille noble. On lui répondit que l'un était Lioura, la femme aimée de Molodun, l'autre, Iribinou, l'Ours-Gris, chef renommé.

—L'épouse de Molodun! s'écria-t-il. Ah! qu'il me sera doux de la voir brûler!

Pour un motif ou pour un autre, il n'avait dit à personne que c'était le Renard-Noir qui avait tenté de l'assassiner, le soir de l'explosion du brick; mais l'inimitié qui, depuis des années, régnait entre les Chinouks et les Nez-Percés, expliquait assez bien la haine du Bois-Brûlé contre ces derniers pour que l'on comprît qu'il dût se réjouir d'assister au sacrifice de la femme de leur principal sagamo.

Les captifs furent amenés sur la place.

Sur leur passage, ils eurent à essuyer les invectives de leurs ennemis, et surtout des femmes, qui les accablèrent de mauvais traitements. Celles-ci leur lançaient des glaçons à la tête; celles-ci se faisaient un jeu cruel de leur enfoncer dans le dos des armes rougies au feu; d'autres les échaudaient avec de l'eau bouillante; d'autres, plus acharnées encore, leur enlevaient des lambeaux de chair qu'elles mangeaient en dansant devant les victimes et poussant d'affreux hurlements.

Mais c'était surtout à Lioura que s'adressait la férocité frénétique de ces monstres.

On s'attaquait avec une fureur inouïe à la pauvre squaw; on lui couvrait le corps de blessures et de contusions; on lui déchirait les seins, on lui faisait endurer tous les tourments que la barbarie la plus sauvage peut inventer.