Cependant, elle et son compagnon étaient froids, méprisants. On eût dit, à les voir s'avancer imperturbablement vers l'échafaud, au milieu de cette foule de brutes à face humaine, que leurs membres étaient de silex et leur esprit d'acier.
Oli-Tahara avait fait ranger dans l'enceinte ses longs traîneaux de frêne, en forme de conque, tout bariolés de peintures et recouverts de robes de buffles ou d'ours.
Chacun était monté par cinq ou six guerriers enveloppés dans des fourrures; les attelages, composés de quinze à vingt chiens, aussi maigres et squelettiques que des loups, festoyaient à l'envi avec des jappements, des aboiements, des grondements assourdissants, aux alentours du village, où on leur avait distribué les os et les entrailles des pièces de gibier préparées pour leurs maîtres.
Ne pouvant pénétrer sous les loges, ceux-ci n'en faisaient pas moins régal dans leurs traîneaux.
Les captifs franchirent la ligne des légers véhicules, puis ils furent hissés et attachés sur les échafauds à la perche fixée au milieu.
Les Clallomes leur avaient coupé les cheveux et arraché les anneaux qu'ils portaient au nez.
Oli-Tahara contemplait avec une volupté farouche Lioura, toute meurtrie et toute saignante, mais calme, résignée, superbe.
Un autmoin, un tambourin à la main, un vase de terre plein de fine poudre de cèdre allumée dans l'autre, s'avança avec force contorsions grotesques, et en tirant de son instrument des sons divers, vers l'échafaud réservé à l'Ours-Gris.
Avec quelques pincées de sa poudre, jetées sur des branches de sapin, il alluma le bûcher, aux furibondes clameurs de la cohue.
Les flammes pétillèrent ardentes, inflexibles, avec des craquements sinistres.