Pour accroître leur intensité, l'autmoin versa des flots de résine sur le bois, et des langues embrasées montèrent jusqu'aux pieds du malheureux Nez-Percé.

Insensible à la douleur de leurs morsures, il entonna bravement son chant de mort:

«L'Ours-Gris s'en va avec bonheur aux territoires de chasse qu'occupent maintenant ses ancêtres, car il a vu les Clallomes s'unir aux plus insatiables destructeurs de leur race, les Chinouks.

«Les Clallomes ont la timidité des colombes; ils se sont placés sous la protection des milans; mais les milans dévoreront les Clallomes, comme ils dévorent les colombes.

«Ni ceux-ci ni ceux-là ne savent faire souffrir leurs ennemis. Leurs armes n'ont pas de pointe; leur feu n'a pas d'ardeur; les pierres qu'ils lancent à l'Ours-Gris ne lui font aucun mal.

«Il se moque d'eux, car il leur a pris deux fois quinze chevelures, et leurs femmes ont, pendant dix fois trois lunes, préparé sa couche.

«Les Clallomes deviendront la proie des Chinouks, comme ces derniers deviendront ensuite la proie des vaillants Nez-Percés, et de même qu'Oli-Tahara, ce sang-mêlé qui commande les Chinouks, a tué Ouaskèma, la vierge souveraine des Clallomes, ainsi les Nez-Percés tueront……»

Iribinou ne put achever sa prédiction, car Oli-Tahara, craignant de nouvelles révélations qui auraient compromis son alliance avec les Clallomes, lui fracassa le crâne d'un coup de carabine.

Les flammes envahissaient déjà de toutes parts le corps du Nez-Percé, qui tomba avec le poteau auquel il était lié, dans un tourbillon d'étincelles et de fumée.

Il semblait que Lioura n'attendît que la mort de son compagnon pour invectiver à son tour la foule des tourmenteurs.