—Oui, s'écria-t-elle, les Clallomes se sont alliés au meurtrier d'Ouaskèma, et ils périront tous par lui, comme Merellum, leur face pâle, périra par Molodun, le chef illustre des Nez-Percés.
Ces mots produisirent une révolution soudaine parmi les bourreaux. Ils se turent et se regardèrent avec une surprise mêlée de doute.
—Cette squaw ne dit pas vrai! s'écria l'un. La Petite-Hirondelle défie la colère des Nez-Percés.
—Elle est au pouvoir de Molodun! reprit Lioura fière de l'émotion que ses paroles avaient causée.
—Non, non, non! Qu'on la brûle, clamèrent plusieurs femmes en lapidant la captive avec tous les projectiles qui leur tombaient sous la main.
L'autmoin s'approcha aussitôt pour allumer le bûcher.
Alors Lioura éleva la voix et cria de toutes ses forces:
—Oui, votre face pâle est entre les mains de Molodun le grand chef des Nez-Percés; oui, il vous l'a ravie. Il lui coupera les cheveux comme vous avez coupé les miens; il déchirera ses oreilles comme vous avez déchiré les miennes; il lui tranchera le nez, il lui entaillera la poitrine avec son couteau, comme vos viles squaws ont entaillé la mienne; et quand il sera rassasié de son corps, il le livrera à ses esclaves! Clallomes, odieux et stupides assassins! croyez-vous qu'ainsi la femme du Renard-Noir sera assez vengée?
Lioura voulait, par ces apostrophes, aiguillonner davantage encore l'irritation de ses ennemis.
Elle réussit parfaitement, car, repoussant l'autmoin qui portait, le feu sacré, ils se ruèrent confusément sur l'échafaud, en arrachèrent les supports, s'emparèrent de la jeune femme par vingt mains avides, enfiévrées, et qui l'auraient instantanément mise en pièces, si Oli-Tahara, se jetant à bas de son traîneau, et fendant la presse, ne l'eût arrachée à la bande meurtrière et rapportée dans le véhicule, où il la plaça à côté de lui en disant de sa voix puissante: