—Mes frères et vaillants guerriers clallomes, il ne faut brûler ni tuer cette squaw; vous devez la garder comme otage. Elle vous a dit que Merellum était captive de son époux, le perfide Molodun qui, n'osant regarder un ennemi en face, se met en embuscade pour l'assaillir. Eh bien! si Merellum est captive de Molodun, nous garderons Lioura jusqu'au retour de l'expédition, afin que, devenu notre prisonnier, il soit témoin du supplice que nous ferons subir à sa femme, après l'avoir livrée, devant lui, aux outrages de nos esclaves.
Des murmures désapprobateurs repoussèrent cette proposition.
Les Indiennes même, plus rancunières, plus passionnées que les hommes, ne craignirent pas d'exprimer hautement leur mécontentement.
Quelques-unes portèrent l'audace jusqu'à s'avancer sournoisement vers le traîneau d'Oli-Tahara pour lui arracher la Blanche-Nuée; mais sans s'émouvoir des criailleries ni de ces tentatives maladroites, le métis poursuivit en dominant la foule par un regard superbe:
—Mes frères comprendront qu'il est de leur intérêt de remettre à une autre lune la mort de Lioura; mais s'ils ne le comprenaient pas, Oli-Tahara ajouterait que c'est sa volonté.
Le ton des murmures haussa aussitôt.
Les Clallomes, étonnés et indignés qu'un étranger, un sang-mêlé, osât venir leur dicter des lois chez eux, s'entre-regardèrent et proférèrent des menaces à mi-voix. Plusieurs même protestèrent par des cris contre la déclaration du Bois-Brûlé. Les plus hardis bandèrent leurs arcs. Mais les Chinouks dépassaient du double le nombre des Clallomes. Leur attitude était déterminée. Un seul mot, un seul geste d'Oli-Tahara, et ils mettraient le village à feu et à sang.
La résignation et l'obéissance étaient, pour l'instant, la meilleure tactique.
La majorité des Clallomes le devina et resta silencieuse.
Cependant trois ou quatre chefs ne purent contenir leur ressentiment; ils essayèrent de faire une trouée à travers la multitude et de s'approcher du Dompteur-de-Buffles avec l'intention de le frapper.