—Parce que nos frères ont été égorgés par les Visages-Pâles, sur leur grand canot, au bas du cap de la Roche-Rouge, et que nos parents ont voué une haine implacable à la race blanche.

—Que ferons-nous, alors?

—Je peindrai le visage et les mains de cette fille avec de la terre rouge, et nous la ferons passer pour une jeune Crie.

Merellum se soumit volontiers au désir du Castor-Industrieux.

Les fissures des rochers, aux alentours de la dalle du mont Hood, renferment en abondance de l'ocre brun. Renolunc composa une teinture avec cet ocre, de l'huile d'eulekon et certaines plantes aromatiques, et la jeune fille, ayant reçu la permission de se retirer dans une grotte, se colora le corps, des pieds à la tête.

En sortant de la grotte, elle avait tout l'air d'une Indienne. On la prit pour telle quand ils entrèrent, quelques jours après, dans le village des Nez-Percés.

Les manières de Molodun vis-à-vis d'elle avaient totalement changé.

Il la traitait avec une indifférence si marquée, que Renolunc et l'Aigle-Gris pensèrent, qu'il était revenu de son engouement pour elle. Toutefois, Merellum ne se méprenait pas sur la nature de cette transformation. Elle devinait aisément que ce n'était qu'un jeu et, que le Renard-Noir ne tarderait pas à réitérer ses instances auprès d'elle.

A leur arrivée à l'ienhus, ils trouvèrent les habitants en proie à une effroyable désolation. La nouvelle du désastre des Nez-Percés commençait à circuler. Les femmes, les enfants, les vieillards se précipitèrent à la rencontre de Molodun, en poussant des lamentations farouches.

Renolunc avait prévu cette scène. Il était prêt à conjurer l'orage qui grondait, sur leur tête.