Marchant résolument au devant de la foule, il monta sur une grosse pierre et dit:

—Rejetons de la grande tribu des Nez-Percés, le malheur est tombé sur vous, parce que vous avez négligé de faire, cette année, à vos autmoins, les présents d'usage. Mais j'ai imploré l'Esprit-Suprême en votre faveur. Son oreille ne s'est pas fermée à la voix du Castor-Industrieux. Il nous pardonnera, à condition que vous lui offrirez dix vases de graisse d'ours, soixante peaux de caribou, et cent paniers de racines de kamassas. Il vous promet même une victoire éclatante sur vos ennemis les Chinouks. Comme témoignage de sa bonté pour vous, il a permis que notre vaillant sagamo, Molodun, tuât Oli-Tahara, le chef des perfides Chinouks. De plus, il vous envoie cette jeune squaw, habile dans les conseils et sorcière réputée à l'est des montagnes. Il vous la donne, mais à deux conditions: la première, c'est que vous veillerez jour et nuit sur sa personne, l'empêcherez de fuir et la garderez comme le plus précieux de vos manitous, jusqu'à ce qu'Yas-soch-a-la-ti-yah vous transmette de nouveaux ordres par ma voix; la seconde, c'est que vous m'apporterez chacun deux castors et deux saumons pour honorer l'Esprit-Suprême et lui exprimer votre reconnaissance!

Le discours de l'autmoin eut tout l'effet qu'il en attendait. La superstition est si bien dans la nature de l'homme, que partout elle trouve quelques exploiteurs et des milliers d'exploités.

Les lamentations cessèrent. Que dis-je! elles se transformèrent en cris d'allégresse. On entoura les chefs, on les fêta, on les combla de caresses, et Merellum devint la divinité du jour.

L'accompagnement, ou plutôt le symbole des réjouissances publiques chez les Indiens, un banquet, fut aussitôt apprêté.

Merellum était abattue par des privations de toute espèce et par une longue marche à travers des savanes stériles, où la disette de vivres et d'eau s'était fait plus d'une fois sentir.

Elle avait accepté passivement le rôle auquel on la soumettait. Peu à peu cependant elle y prit goût. Elle était femme, après tout. On l'adorait; elle ne résista point aux hommages des Nez-Percés et se résolut de profiter du respect qu'elle paraissait leur inspirer pour s'évader dès qu'elle en trouverait l'opportunité.

La croyant charmée et séduite, Molodun jouissait de son triomphe.

Le festin fut dressé sur la place du village.

Il se composait de saumon boucané, chair de mouton des montagnes, bosses et langues de bison, racines de pox-pox, spatylon (assez semblables par la forme et le goût au vermicelle), ouappatou, baies de cannebergiers et autres fruits.