«C'est horrible! deux de nos hommes ont été gelés ce matin en allant à la chasse. On me dit que les soudards sont en proie à la famine. Je vais leur envoyer un peu de poisson. Pourquoi, mon Dieu! refusent-ils de suivre mes conseils.»
11 février.
«Dieu tout-puissant, éloignerez-vous de moi ce calice d'amertume! Il a fallu nous défendre contre le meurtre conduit par le pillage; il a fallu verser le sang de nos frères!—L'esprit malin s'est-il emparé de ces malheureux? Dans la matinée, ils sont arrivés, armés jusqu'aux dents; et, sans la valeur de nos colons, nous serions tombés sous les coups de ces forcenés. La lutte a duré deux heures. Il tombait une neige abondante! Nous fûmes obligés de faire usage de nos mousquets. Six hommes ont été tués; deux colons et quatre soudards. Cette leçon profitera-t-elle aux derniers? J'en doute. A moins que leur chef, ce Pierre, ne périsse, ils reviendront tôt ou tard à la charge. Par malheur, nous n'avons plus que quelques onces de poudre et j'ai tout lieu de craindre qu'ils n'en possèdent encore une grande quantité. Si j'en croyais le Maléficieux, nous marcherions sur les baraques des soudards et les forcerions à nous livrer leurs armes. Mais ce plan me répugne. Il ne pourrait s'effectuer que par des moyens violents; je préfère attendre encore. Dieu aidant, les infidèles rentreront au bercail. Seulement je vais enjoindre à mes gens de tâcher de s'emparer de Pierre. Si je réussis à le prendre, l'ordre régnera promptement et nous pourrons en sûreté entreprendre au printemps prochain la culture des terres.»
1 mars.
«La colère divine pèse sur nous de tout son poids. Mon Dieu, que votre sainte volonté soit faite, sur la terre comme au ciel! Mais, je vous en supplie, épargnez ces pauvres malheureux… Le scorbut sévit au camp!»
2 mars.
«Un routier, le nommé Ludovic Bernard, est mort du scorbut, ce matin, à dix heures. Deux autres sont affectés de cette horrible maladie. Un soudard a déserté pour venir se joindre à nous. J'ai donné des ordres pour qu'il fût bien reçu. Espérons que son exemple trouvera des imitateurs.»
—Le misérable! dit le lecteur en se levant avec agitation; il avait été dépêché par ses complices pour m'assassiner. Sans la prudence de Philippe qui découvrit le complot, c'en était fait de moi.
Il fit quelques tours dans l'appartement, revint s'asseoir et ouvrit le cahier au hasard.
7 avril.