—De haute taille? dit le vicomte.

—Oui, monseigneur, elle avait la taille élevée et majestueuse. Lorsque mon père était au logis, elle se contentait de me donner des bonbons ou des joujous; mais si j'étais seule ou avec ma mère, alors elle me prenait sur ses genoux, et me mangeait de caresses. Aussi je l'aimais bien! Elle était si bonne pour nous!

Guyonne cessa de parler, deux larmes roulaient sous ses longues paupières.

—Vous rappelez-vous le nom de cette dame? dit le vicomte.

—Son nom? repartit Guyonne; non, je ne me le rappelle plus. Ma mère l'appelait toujours madame la comtesse…

—Est-ce là tout? demanda encore l'écuyer.

—Tout?… oh! attendez! Un soir que mon père était à la mer, une vieille femme entra chez nous. Elle dit quelques mots à ma mère qui poussa un grand cri. Ensuite on me mit à la hâte mes plus beaux atours; la vieille femme, ma mère et moi, nous montâmes dans une voiture qui attendait à la porte. Je m'endormis. En m'éveillant, je me trouvai dans une vaste chambre; couchée sur un lit. La belle dame que j'avais vue à la maison était étendue à côté de moi. Elle était livide de pâleur, et cependant une tendresse infinie allumait son oeil quand elle l'attachait sur moi. Agenouillées au pied du lit, ma mère et la vieille femme gémissaient et pleuraient. La dame m'embrassa en soupirant, puis elle dit à ma mère:

—Marguerite, tu me promets de l'élever comme ton enfant?

—Oh! elle l'est! elle l'est! s'écria ma pauvre mère.

—Tu en auras bien soin, n'est-ce pas, ma bonne? continua la dame d'une voix si faible qu'on l'entendait à peine.