—Elle sera ma fille! dit ma mère en me pressant sur son sein.

—Merci, Marguerite. Je compte sur ta parole. Adieu! je puis maintenant mourir on paix. Adieu donc, Marguerite!!! Priez pour moi, quand je ne serai plus.

Un prêtre entra dans la chambre et ma mère m'emporta dans ses bras. La même voiture nous ramena à la maison. Je m'endormis de nouveau durant le trajet. Quand, le lendemain, j'interrogeai ma mère sur la scène dont j'avais été témoin, elle me répondit que j'avais rêvé. Nous quittâmes le pays peu de jours après. Ma mère était triste et habillée de noir. Arrivés au village de la Roche, mon père s'embarqua pour aller faire le trafic sur la côte de la Nouvelle-France, mais il ne reparut plus. Nous étions sans ressources. Un pêcheur eut pitié de notre détresse. L'année suivante, il offrit sa main à ma mère. Elle accepta, et je devins la belle-fille d'Yvon Perrin.

—Connaissez-vous cette figure? dit Jean de Ganay, en montrant tout à coup à Guyonne le portrait dont nous avons précédemment parlé.

Guyonne prit le cadre des mains du vicomte et alla le contempler à la lueur de la lampe.

Mon Dieu! s'écria-t-elle, c'est elle!

—Cette dame, n'est-ce pas?

—Oui, oui; je ne saurais me tromper. Voici bien sa physionomie gracieuse et sévère en même temps; ses magnifiques cheveux bouclés avec lesquels je jouais, et la robe de taffetas brune, et la fraise de dentelle, et le chaperon de velours bleu qu'elle portait habituellement… O monseigneur, c'est elle! j'en ferais le serment!

Les doutes du vicomte s'évanouissaient. Son visage rayonnant reflétait la joie qui débordait de son coeur. Toutefois il voulut une assurance entière; car quoique la lumière l'éclairât de toute part, comme les gens à qui l'on a fait l'opération de la cataracte, il aimait à se faire répéter qu'il voyait clair. C'est pourquoi il posa cette interrogation:

—Et votre mère ne vous a pas révélé le secret…