Nous lui rendîmes les derniers devoirs, et je retournai, tout attristé, au camp.

L'émotion que j'ai éprouvée en copiant, d'après l'écorce originale, ce mélancolique adieu d'un bon et brave homme, m'empêche de continuer. C'est enfant, mais j'ai envie de pleurer.

Permets, ami, que j'ajourne la suite de mon récit.

Affectueusement à toi,

ADRIEN DUBREUIL.

CHAPITRE XVII

LES APOTRES ET LES INDIENS

DU MÊME AU MÊME.

Fond-du-Lac, fin septembre 1838.

J'ai enfin retrouvé, mon cher Ernest, un moment favorable et les objets indispensables pour t'écrire, car on me garde toujours à vue, et je crois, je ne sais trop pourquoi, cependant, que le capitaine des Apôtres verrait avec le plus vif déplaisir que j'entretinsse une correspondance avec quelqu'un, surtout en France. Puisses-tu avoir reçu ma lettre du mois d'août Sans cela, tu ne comprendras guère celle-ci. Je l'ai furtivement remise à un Indien qui, pour quelque menue monnaie, s'est chargé de la faire passer au Sault-Sainte-Marie, où la poste doit alors en prendre soin. Mais à combien d'éventualités peut être soumis un chétif chiffon de papier durant ce voyage de près de deux cents lieues! c'est, au reste, le seul moyen de faire circuler les missives. Et l'on assure que ceux qui acceptent cette commission, trappeurs blancs ou trappeurs rouges, s'en acquittent avec une fidélité qui ferait honneur à nos facteurs européens. C'est un trait de moeurs que j'aime signaler en passant.