Le Trou-de-l'Enfer hurle déjà plus fort: plus vite, plus vite et plus vite il roule ses mortelles spirales. Dans un froid linceul ensevelira-t-il donc deux cadavres au lieu d'un?
L'Indien est là, impassible, résigné. Ses lèvres remuent.
Sans doute il a entonné un chant de mort.
Pauvre Adrien! il songe à sa mère, à sa bonne et tendre mère qu'il ne reverra plus, qui jamais, non, jamais, ne saura sa misérable destinée!
A elle! a elle la digne et vertueuse femme, sa pensée suprême! car le dernier lien qui retenait le bouleau à la rive s'en est séparé et déjà, l es vagues entraînent le tronc!
Mais non; ils ne périrons, pas. La Providence ne le permettra point.
Elle étend sur eux une main protectrice.
En glissant contre le rocher, le bout de l'arbre, coupé en biseau, rencontre une fente, il s'y arrête, s'y encastre. Et, loin de le desceller, les flots rageurs ne font que l'enfoncer plus profondément dans cette mortaise naturelle.
Moins d'une minute après, Adrien et son compagnon sont sur le rivage.
—On m'appelle Shungush-Ouseta, dit l'Indien au Français; si jamais mon frère a besoin d'un bras pour le servir, qu'il se souvienne de ce nom.
—Comment, vous parlez ma langue? demanda Adrien.