Il se rendit aussitôt dans la cour de la factorerie, où une grande quantité d'hommes, de femmes et d'enfants se trouvaient assemblés.

Les blancs avaient endossé leurs habits de parade: les Indiens et les métis leurs accoutrements les plus sales.

Placés sur deux rangs, les premiers, revêtus de chaudes tuniques en peau de daim doublée de plumes de cygne et élégamment brodée avec des piquants de porc-épic et des grains de verroterie de couleur tranchante, avaient tous à la taille la longue ceinture rouge, fléchée, d'ordonnance. Des galons sur la manche de ce capot, ou des épaulettes d'or distinguaient les différents chefs: le gouverneur provisoire, les facteurs, les commis, les voyageurs ou guides.

Tous avaient, au reste, la même coiffure: un casque ou toque en peau de renard brun, dont la, queue ondulait sur leur dos; tous aussi avaient un crêpe au bras gauche.

Quant aux sauvages, ils s'étaient peint le visage en noir; une méchante robe de peau de bison enveloppait la plupart des hommes; des ouabiouous [27] en guenille couvraient les femmes, dont les cheveux flottaient épars, et dont la face disparaissait sous les plis du ouabiouous.

[Note 27: Couvertures.]

Comme Louis-le-Bon arrivait dans la cour, quatre robustes trappeurs sortirent de l'appartement occupé par feu Mac Carthy.

Sur leurs épaules, ils portaient un brancard où était étendu le corps de l'ex-gouverneur dans son uniforme de grande cérémonie: chapeau à cornes noir, passementé d'or, plumet blanc, frac et pantalon garance, épaulette» à graines d'épinard, épée au côté.

Dès qu'il parut, les employés du poste saluèrent, la musique joua une marche funèbre, et les Indiens se mirent à pousser des lamentations effroyables.

Louis-le-Bon se joignit au cortège, qui, dirigé par le nouveau gouverneur, s'avança vers une des cours isolées de la factorerie.