C'était le cimetière consacré aux gens du fort.
On les enterrait là pour que leur dernière demeure fût à l'abri des violations que n'auraient pas manqué de leur faire subir les Indiens ennemis, si on les eût inhumés hors de l'enceinte de l'établissement.
Dans la petite cour, des croix de bois grossières, ou le renflement du sol, marquaient les sépultures.
Au milieu était ouvert un caveau.
Le corps de M. Mac Carthy y fut descendu avec le brancard sur lequel il gisait.
Debout devant la tombe, son successeur fit une courte prière que tous les assistants écoutèrent, la tête découverte.
Puis le caveau fut scellé par une lourde-pierre: le canon résonna, et chacun des employés du fort du Prince-de-Galles retourna à ses occupations, sauf les femmes du décédé, qui demeurèrent quelque temps encore sur la fosse, en proférant des cris déchirants.
Plaintes égoïstes! Elles pleuraient, ces malheureuses, la position et non l'homme qu'elles perdaient.
De maîtresses elles redevenaient servantes, de l'honneur elles tombaient dans le mépris.
Leurs larmes furent les seules pourtant versées sur le corps du défont.