Dans le désert, l'individu est tout, la famille, l'entourage nul. Ne comptant que sur soi, n'agissant que pour soi, on n'a rien à attendre des autres.
La mort ne préoccupe pas plus que l'idée d'une autre vie; l'homme mort est estimé à sa juste valeur; rarement il inspire des regrets, jamais il n'interrompt les travaux journaliers, ne change les habitudes prises.
Dans les postes, il a quelque chance d'être enseveli d'une façon plus ou moins convenable, mais en campagne, les loups des prairies ou les carcajoux, les vautours et les corbeaux, voilà ses fossoyeurs ordinaires.
Aussi, Louis-le-Bon, franc trappeur s'il en fut, et qui ne se souvenait pas avoir couché dans un lit, se disait-il en retournant à la grand'salle de la factorerie:
—Ça n'empêche, ours et buffles, on ne doit pas être à son aise dans une cave comme celle-là, où il n'y a pas d'air et où il fait noir comme chez le diable. Si jamais je meurs, j'aime bien mieux avoir un coin de prairie pour cercueil! au moins…..
—Oui-dà, maître philosophe, dit tout à coup une voix derrière lui.
Le trappeur se retourna vivement.
—Poignet-d'Acier! exclama-t-il avec autant de surprise que de joie.
—Chut! fit l'homme qui lui avait parlé en posant le doigt sur ses lèvres. Ne prononçons pas ce nom ici. Appelez-moi, Mathieu, le capitaine Mathieu, comme dans la Colombie.
—Compris, capitaine, compris, dit Louis-le-Bon, avec un coup d'oeil d'intelligence. Mais comment ça vous va-t-il? Il y a des années et des années qu'on ne s'est vu!