—Alors, je puis compter sur toi pour aller à ces mines?
—Si j'accepte les présents de mon frère, je le conduirai jusqu'au grand lac d'eau salée; mais je ne promets pas de lui montrer ce qu'il demande, car ce qu'il demande n'est plus.
Mac Carthy fit un geste d'incrédulité.
Mais le Grand-Lièvre, cessant de pétuner, dit d'un ton mesuré et grave:
—Que mon frère écoute, afin que jamais il n'accuse Kit-chi-ou-a-pous de l'avoir faussement détourné de son sentier.
—J'ouvre mon oreille à ton discours.
—Il y a bien des hivers, dit le sauvage, les cavernes de pierre jaune que désire mon frère existaient. Notre race était riche, puissante alors. Elle possédait des armes terribles, redoutées des ennemis. Et ces armes avaient la couleur et l'éclat des rayons du soleil. Une grande sorcière avait indiqué aux Peaux-Rouges l'endroit où gisait la matière pour les fabriquer. Elle était belle pour tous, bonne pour eux. Aussi ils l'aimaient, la vénéraient. Par malheur, les Visages-Pâles vinrent dans le pays. Ils rencontrèrent la magicienne et lui demandèrent où étaient les cavernes. Elle répondit qu'elle les y conduirait, s'ils promettaient de la respecter. Ils le promirent. Mais, en route, les misérables lui firent violence. Elle résolut de se venger. C'est pourquoi, lorsqu'ils voulurent partir, après s'être chargés de pierre jaune, elle refusa de les accompagner, en disant qu'elle demeurerait dans la mine jusqu'à ce que la terre l'engloutît avec toutes les pierres jaunes.
L'année suivante, ils revinrent et trouvèrent la femme ensevelie jusqu'à mi-corps. Les pierres jaunes avaient déjà beaucoup diminué.
A leur troisième voyage, la magicienne et les portions les plus précieuses de la mine avaient disparu. Il ne restait plus que quelques cailloux jaunes dispersés à la surface du sol, à une très-grande distance les uns des autres.
Mais, depuis, les Visages-Pâles ont tout enlevé.