Il se mit à rire et elle fit de même.
Ce n'était rien, rien du tout, mais c'était délicieux. Certaine affection réciproque, même sans être exprimée, a de ces façons de mettre du bonheur partout et de trouver toujours à rire.
A cet instant, Mme Neville arriva, s'éventant comme à l'ordinaire, avec son chapeau.
«Devinez ce qui se passe, capitaine Niel, dit-elle, très agitée. Les prisonniers sont revenus et j'ai entendu un Boer de l'escorte, dire qu'il avait un laissez-passer signé par le général pour des Anglais, et qu'il viendrait les chercher tout à l'heure. Qui cela peut-il être?
—C'est nous, répondit vivement Jess. Nous retournons chez nous. J'ai vu Hans Coetzee hier et je l'ai prié d'essayer de nous procurer un laissez-passer; il a sans doute réussi.
—Sortir de Prétoria! Eh bien! vous avez de la chance! Permettez-moi de m'asseoir et d'écrire une lettre à mon grand-oncle au Cap; vous la mettrez à la poste, quand vous pourrez. Il a quatre-vingt-quatorze ans et il est un peu en enfance, mais c'est égal, il sera content d'avoir de mes nouvelles.
—John, dit Jess, vous feriez bien de prévenir Mouti d'atteler les chevaux; il nous faudra partir tout à l'heure.
—Oui», répondit-il d'un air pensif, «il paraît que nous allons partir»; et il ajouta: «Êtes-vous contente de partir?
—Non! dit-elle, avec une explosion de colère et frappant du pied; puis elle rentra dans la maison.
«Mouti», dit John au Zulu, qui flânait à la façon caractéristique de cette race intelligente, mais paresseuse, «attelez les chevaux: nous retournons à Belle-Fontaine.