—Il faut que je passe par le quartier général afin d'expliquer mon départ; on croirait que je me suis sauvé.»
Le Boer ne consentit, qu'après être allé à la grille consulter son compagnon, et tous deux déclarèrent qu'ils allaient se rendre aussi au quartier général, pour y attendre le chariot.
On attela les chevaux; en cinq minutes tout fut prêt et John, après avoir examiné avec soin les harnais et les bagages, alla chercher Jess. Il la trouva sur le seuil, contemplant cette maison qu'elle aimait tant, et où elle avait été si heureuse. Sa main était posée sur son front, comme pour protéger ses yeux contre le soleil; mais le soleil ne donnait pas sur elle et John devina pourquoi elle cachait ses yeux. Elle pleurait de cette manière calme et si émouvante, qu'ont certaines femmes; quelques grosses larmes coulaient lentement sur ses joues. John sentit sa gorge se serrer et tout naturellement chercha un dérivatif dans la brusquerie.
«Que diable faites-vous là? dit-il; allez-vous faire attendre les chevaux toute la journée?»
Jess ne se fâcha pas; elle comprit. A ce moment Mme Neville accourut, achevant de cacheter sa lettre.
«Voici, dit-elle; j'espère que je ne vous ai pas fait attendre. Adieu, ma chère; que Dieu vous garde! N'oubliez pas, quand vous le pourrez, d'écrire au Times. Allons! Ne pleurez pas. Je vous assure que je ne pleurerais guère si j'étais à votre place.»
Jess avait profité de l'occasion que lui offrait la chaude embrassade de Mme Neville, pour fondre en larmes.
Une minute après, ils étaient dans le chariot et Mouti grimpait derrière eux.
«Ne pleurez pas, chère enfant», dit John, en posant une main sur l'épaule de Jess; «il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher.
—C'est vrai, John!» Et elle sécha ses larmes.