LE GUÉ DU VAAL
La journée avait été si accablante, que nos voyageurs s'assirent littéralement haletants, à l'ombre du chariot. La brise légère de l'après-midi était tombée, et l'air devenait d'une lourdeur étouffante.
Les deux Boers eux-mêmes semblaient en souffrir, car ils s'étaient étendus sur l'herbe à quelques pas sur la gauche et paraissaient dormir profondément. Quant aux chevaux, ils n'en pouvaient plus, refusaient même de manger et s'éloignaient d'un pas lourd, à longueur de leur licou, mordillant délicatement une bouchée d'herbe par-ci par-là. Le Zulu Mouti semblait seul insensible à cette terrible chaleur; assis sur un petit monticule, exposé en plein aux rayons du soleil couchant, il chantonnait tranquillement un air de sa composition, car les Zulus sont d'aussi grands improvisateurs que les Italiens.
«Encore un œuf, Jess, dit John, cela vous fera du bien.
—Non, merci; il m'est impossible de manger par cette chaleur.
—Essayez; Dieu sait quand nous ferons une autre halte! Je ne peux rien apprendre de notre charmante escorte; elle ne sait rien, ou ne veut rien dire.
—Impossible, John; un orage se prépare et je ne peux jamais manger avant un orage, surtout quand je suis fatiguée.»
La conversation cessa.
«John, reprit enfin Jess, où pensez-vous que nous camperons cette nuit? Si nous suivons la grande route, nous serons à Standerton dans une heure.
—Je ne suppose pas qu'ils aillent à Standerton; nous traverserons sans doute le Vaal à gué et il faudra nous résigner à cheminer sur la prairie.»