«Que faire? dit John.
—Mourir, répliqua-t-elle farouche. Je voulais mourir; pourquoi m'en avez-vous empêchée? Il est des situations dont on ne sort que par la mort; la nôtre est du nombre.
—Ne craignez rien, dit-il; votre désir sera vite satisfait; les assassins nous poursuivront sans tarder.»
De légères couches de brouillard couvraient le lit et les bords de la rivière, mais elles s'élevaient à mesure que le soleil montait dans le ciel. L'endroit où ils avaient atterri, se trouvait à trois cents mètres en aval de celui où la foudre avait frappé les deux Boers et leurs chevaux. Voyant le brouillard s'élever, John insista pour que Jess se blottît avec lui derrière une roche, afin de pouvoir observer la rive, sans être découverts. Peu après, ils distinguèrent, à deux cents mètres, deux chevaux qui paissaient tranquillement.
«Ah! je m'en doutais, dit John; les bandits ont mis pied à terre là-bas. Dieu merci! j'ai encore mon revolver et les cartouches ne sont pas mouillées. J'ai l'intention de vendre chèrement nos vies.
—Mais, John», s'écria Jess, qui suivait le mouvement de son bras étendu vers la rive, «ce ne sont pas les chevaux des Boers; ce sont nos deux chevaux de volée qui se sont détachés dans l'eau; voyez, ils ont encore leur collier.
—Par Jupiter! ce sont eux. Si nous pouvons seulement les attraper sans être pris nous-mêmes, nous sortirons peut-être d'ici.
—Il n'y a aucun abri aux environs, reprit Jess, et je ne vois pas apparence de Boers. Ils auront cru nous avoir tués et seront partis.»
John porta ses regards alentour et, pour la première fois, un rayon d'espoir se glissa dans son cœur. Ils survivraient peut-être, après tout!
«Allons voir, Jess; à quoi bon rester ici? Il faut que nous cherchions à manger quelque part; je suis d'une faiblesse indicible.»