—Ah! le diable d'homme!» murmura l'infortuné Hans Coetzee, en se préparant à obéir.

Pendant ce temps, Hendrik avait sauté sous la véranda et, de son œil unique, explorait l'intérieur.

«Les voilà, Baas, les voilà: le vieux coq et la petite poulette.» D'un coup de pied il ouvrit violemment la porte-fenêtre et l'on vit alors le vieillard assis dans son fauteuil, une carabine sur les genoux, et tenant sa belle nièce par la main. Frank mit pied à terre et s'avança, suivi d'une douzaine de Boers.

«Que voulez-vous, Frank Muller? pourquoi venez-vous chez moi avec tous ces hommes armés? demanda Silas Croft, sans se lever.

—Je vous somme, Silas Croft, de vous rendre pour être jugé comme traître et rebelle à la République. Je regrette», ajouta Muller, en saluant Bessie, qu'il n'avait pas quittée des yeux depuis son arrivée, «d'être obligé de vous arrêter devant une dame, mais mon devoir ne me laisse pas de choix.

—Je ne vous comprends pas, répondit Silas. Je suis le sujet de la reine Victoria; je suis Anglais. Comment donc puis-je être rebelle à aucune république? Je suis Anglais», répéta-t-il, d'une voix si forte, que chacun des Boers put l'entendre, «et je ne reconnais l'autorité d'aucune république. Cette maison est la mienne et je vous somme de la quitter, au nom de mes droits de sujet anglais.

—Ici, interrompit Muller froidement, les Anglais n'ont pas de droits, si ce n'est ceux que nous leur accordons.

—Fusillez-le, cria une voix.

—Silas Croft, voulez-vous vous rendre? demanda Muller, de la même voix froide.

—Non! répondit le vieillard avec force; je ne me rends pas à des rebelles armés contre la Reine. Je tire sur le premier qui ose me toucher.» Et se levant, il arma sa carabine.