«Faut-il tirer, Baas? faut-il tirer?» demanda le sorcier borgne, jouant avec la détente de son vieux fusil. Pour toute réponse, Muller lui frappa le visage du revers de sa main et dit à Hans Coetzee:
«Arrêtez cet homme.»
Le pauvre Hans hésita. La nature ne l'avait pas doué d'un grand courage et la vue de ce canon de fusil le faisait défaillir. Il se mit à balbutier des excuses.
«Vous décidez-vous, notre oncle, ou faut-il que je vous dénonce au général, comme ami des Anglais?» lui dit le malicieux Muller, qui se faisait un jeu de la lâcheté bien connue du personnage.
« J'y vais; certainement j'y vais, neveu. Excusez-moi,... une petite faiblesse,... la chaleur du soleil.... Mais je vais saisir le rebelle.... Un de ces jeunes gens aura peut-être l'obligeance de détourner son attention? C'est un homme violent,... je le connais depuis longtemps,... et un homme violent qui tient un fusil.... vous savez, cher cousin....
—Y allez-vous? répéta le maître terrible.
—Oui, oui, certainement. Cher oncle Silas, je vous en prie, déposez ce fusil; c'est si dangereux! Ne me regardez pas comme un taureau furieux, mais acceptez le joug. Vous êtes vieux, oncle Silas; nous ne voudrions pas vous faire de mal. Allons, venez, venez», poursuivit Hans, lui faisant signe de la main, comme à un cheval ombrageux qu'on veut amadouer.
«Hans Coetzee, traître et menteur que vous êtes, lui cria le vieillard, si vous faites un pas, par le ciel! je vous envoie une balle.
—Avancez, Hans, frappez-le sur la tête!» criaient les insulteurs, de la fenêtre, très soigneux, du reste, de s'écarter à droite et à gauche, afin de laisser un passage libre à la balle attendue.
Hans n'y tint plus! Il fondit en larmes, et Muller, le seul qui gardât son sang-froid, le saisit par le bras et, de toute sa force, le lança contre Silas. Il avait ses raisons pour désirer que celui-ci tuât quelqu'un et, comme il méprisait et détestait Hans Coetzee, il le choisissait pour victime.