Muller la regarda froidement, puis tira de sa poche l'arrêt de mort et un crayon.
«Regardez, Bessie; voici l'arrêt de mort de votre oncle. Jusqu'à présent, il est sans valeur, car je ne l'ai pas signé, mais j'ai eu soin de le faire signer par tous les autres. Si une fois j'appose ma signature, je ne peux plus me rétracter; il faut que la sentence soit exécutée. Si vous persistez dans votre refus, je signerai devant vous.»
Il plaça le papier sur son carnet et prit le crayon dans sa main.
«Oh!» s'écria la malheureuse jeune fille, en se tordant les mains, «ce serait monstrueux. Vous ne ferez pas cela! Vous ne le ferez pas!
—Je vous assure que vous vous trompez. Je le peux et je le veux. Je suis allé trop loin pour retourner en arrière, afin d'épargner un vieillard anglais. Écoutez-moi, Bessie; votre fiancé Niel est mort, vous le savez?» Jess fut au moment de lui crier: Vous mentez! Mais elle se contint.
«Et de plus, ajouta Muller, votre sœur Jess est morte aussi, depuis deux jours.
—Jess est morte! Jess est morte! Ce n'est pas vrai. Comment le savez-vous?
—Peu importe! Je vous le dirai quand nous serons mariés. Donc, sans votre oncle, vous êtes seule au monde. Si vous persistez, lui aussi sera mort bientôt et son sang retombera sur votre tête, car vous l'aurez tué.
—Et si je consentais, en quoi cela le sauverait-il? s'écria-t-elle, avec égarement. Il est condamné par votre cour martiale; vous me tromperiez et vous le tueriez tout de même.
—Non! sur mon honneur. Avant notre mariage je remettrai ce papier au pasteur et il le brûlera aussitôt la cérémonie terminée. Mais, Bessie, vous ne voyez donc pas que ces imbéciles sont comme de la cire molle dans mes mains? Ce que je ferai, ce que je dirai, ils le feront et le diront. Ils ne désirent nullement fusiller votre oncle et seraient enchantés de ne pas y être contraints. Votre oncle partira pour Natal, ou restera ici, à son choix. Son bien lui sera rendu; on lui donnera des dommages et intérêts pour sa maison; je vous le jure devant Dieu.»