«Récapitulons», dit-il enfin, de sa belle voix pleine et sonore. «Je vous ai, ce matin, laissé le choix entre un mariage immédiat avec moi et la mort de votre oncle et bienfaiteur. Je vous ai déclaré que si vous refusiez de m'épouser, votre oncle serait fusillé et qu'ensuite vous seriez à moi, sans la cérémonie du mariage. N'est-il pas vrai?»

Bessie ne répondit rien.

Il poursuivit, les yeux fixés sur elle et caressant sa barbe d'une main:

«Qui ne dit mot, consent. Je continue: Avant qu'un homme puisse être fusillé, il faut qu'il soit jugé et condamné de par la loi. Votre oncle a été jugé et condamné.

—J'ai tout entendu, cruel assassin que vous êtes, répondit Bessie, relevant la tête pour la première fois.

—Je pensais bien que vous verriez tout par cette fente; c'est pourquoi je vous ai fait enfermer ici; il n'eût pas été convenable de vous amener devant la cour.» Il prit la lanterne pour examiner le mur. «Ces communs sont mal bâtis; tenez, il y a une ouverture dans le mur du fond.» Il s'en approcha et souleva si promptement la lumière, que Jess n'eut que le temps de fermer les yeux, pour n'être pas trahie par la réflexion des rayons lumineux. Elle retint sa respiration et resta immobile comme une morte. Une seconde après, la lanterne était replacée sur un sac.

«Vous dites donc que vous avez tout vu? Cela a dû vous prouver que j'avais parlé sérieusement. Votre vieil oncle s'est bien conduit, n'est-ce pas? C'est un brave et je le respecte. Je suis sûr que pas un de ses muscles ne tressaillira au dernier moment. Voilà le sang anglais; c'est le premier sang du monde et je suis fier de l'avoir dans mes veines.

—Ne pouvez-vous cesser de me torturer et me dire tout de suite ce que vous voulez! demanda Bessie.

—Je n'ai pas l'intention de vous torturer, mais, puisque vous le désirez, je viens au fait. Consentez-vous à m'épouser demain, au lever du soleil, ou me forcerez-vous à faire exécuter la sentence?

—Non! Je refuse. Je vous hais et je vous défie.»