Dans sa poche était un crayon et dans son corsage le sauf-conduit du général boer, dont le verso lui suffirait pour écrire; elle le tira de sa poitrine, le posa sur ses genoux et se pencha vers la lumière pour tracer les lignes suivantes:

«Adieu! adieu! Nous ne pouvons plus, nous ne devons plus nous revoir en ce monde. En est-il un autre? Je l'ignore. S'il existe, je vous y attendrai, sinon, adieu pour toujours. Pensez à moi quelquefois, car je vous ai bien aimé, plus que jamais personne ne vous aimera, et tant que je vivrai, en ce monde ou en tout autre, je n'aimerai que vous. Ne m'oubliez pas. Je ne serai vraiment morte pour vous, que si vous m'oubliez.»

J.

Elle allait replier le papier, mais, se ravisant, elle le replaça sur ses genoux et se mit à écrire très vite, en vers et presque sans correction.

C'était une habitude, quoiqu'elle ne montrât jamais ce qu'elle écrivait, et en ce moment l'inspiration s'imposa irrésistiblement et presque inconsciemment:

Si je mourais ce soir,
Tu regarderais mon calme visage
Avant qu'on m'étendît au lieu de mon repos,
Et tu penserais que la mort l'a fait presque beau;
Et plaçant des fleurs blanches comme la neige, sur mes cheveux,
Tu couvrirais mes joues froides de tendres baisers,
Tu envelopperais mes mains d'une longue caresse.
Pauvres mains si vides et si froides ce soir!

Si je mourais ce soir,
Tu évoquerais le souvenir aimant
De quelque bonne action faite par ces mains glacées;
De quelques tendres paroles prononcées par ces lèvres muettes;
De quelque tâche utile où ces pieds ont couru.
Le souvenir de ma colère et de mon orgueil
Et de toutes mes fautes serait effacé;
Et tout me serait pardonné ce soir.

La mort veille sur moi ce soir.
J'entends la voix qui de loin m'appelle.
Le brouillard de la tombe obscurcit mon étoile.
Pense à moi avec douceur. Le voyage m'a épuisée;
Les épines ont percé mes pieds chancelants;
Le monde amer a fait saigner mon cœur affaibli.
Quand le sommeil sans rêves sera mon partage,
Plus n'aurai besoin de la tendresse à laquelle j'aspire ce soir.

Elle s'arrêta, plutôt parce qu'elle avait rempli le papier, que pour toute autre raison, replaça la sauf-conduit dans sa poitrine et se perdit bientôt dans une profonde rêverie.

Dix minutes plus tard, Jantjé rampait à ses pieds comme un grand serpent à tête humaine, son visage jaune tout luisant de pluie.