Et il grommela, dans sa longue barbe, une succession de jurons hollandais.
«Eh bien! Meinheer Muller! dit Bessie.
—Pourquoi m'appelez-vous toujours «Meinheer», demanda-t-il, en se tournant vers elle d'un air si courroucé, qu'elle tressaillit et recula d'un pas. «Je suis Anglais. Ma mère était Anglaise et de plus, grâce à lord Carnarvon, nous sommes tous Anglais maintenant.
—Je ne sais pas pourquoi il vous déplaît tant d'être pris pour un Boer, dit Bessie avec calme; vous étiez autrefois un ardent patriote.
—Autrefois,... oui. Les arbres s'inclinaient vers le nord, quand le vent soufflait du sud, mais à présent ils s'inclinent de l'autre côté, car le vent a tourné. Peut-être, quelque jour, reviendra-t-il au nord. Alors, nous verrons!»
Bessie se contenta de pincer ses jolies lèvres sans répondre, et de cueillir une feuille de la vigne qui courait au-dessus de sa tête.
Le grand Hollandais ôta son chapeau et caressa sa barbe avec embarras. Évidemment il réfléchissait à une chose qu'il n'osait pas exprimer. Deux fois il fixa ses yeux sur le frais visage de Bessie et deux fois il les en détourna. La seconde fois elle s'effraya.
«Excusez-moi un instant», dit-elle, et elle parut vouloir entrer dans la maison.
«Attendez!» s'écria-t-il en hollandais, tant il était agité. Il saisit même, de sa grande main, la robe blanche de la jeune fille.
Elle la lui arracha d'un mouvement vif et le regardant bien en face: