«Pardon, dit-elle, d'un ton qui n'avait certes rien d'encourageant, vous alliez me dire quelque chose.
—Oui. C'est-à-dire... j'allais....» Il s'arrêta.
Bessie conserva son regard poliment interrogateur et attendit.
«J'allais vous dire,... bref,... que je voudrais vous épouser.
—Ah! fit Bessie en tressaillant.
—Ecoutez, reprit-il d'une voix rauque, et reprenant courage à mesure qu'il avançait, comme font les gens peu cultivés, quand c'est leur cœur qui parle. Ecoutez-moi, Bessie; je vous aime depuis trois ans. Chaque fois que je vous ai vue, je vous ai aimée davantage. Ne me dites pas non! Vous ne savez pas combien je vous aime. Je rêve de vous chaque nuit; quelquefois je rêve que j'entends le frôlement de votre robe, que vous venez me donner un baiser et, alors, il me semble que je suis dans le ciel.»
Bessie fit un geste de dégoût.
«Là! Je vous ai offensée! Mais ne m'en veuillez pas. Je suis très riche, Bessie; j'ai mes terres d'ici et, de plus, quatre fermes près de Lydenburg, dix mille arpents dans le Waterburg, et mille têtes de grand bétail, sans compter les moutons, les chevaux et de l'argent à la banque.» Voyant que l'inventaire de ses biens ne la touchait pas, il continua: «Vous ferez tout ce qu'il vous plaira; la maison sera arrangée à l'anglaise; je construirai un nouveau salon et je ferai venir les meubles de Natal. Croyez-moi: je vous aime, je vous le répète; ne me dites pas non!» Et il saisit sa main.
Elle la lui arracha, disant:
«Je vous suis très obligée, monsieur Muller; mais,... en deux mots, je ne peux pas vous épouser. Non, c'est inutile; en vérité, je ne le peux pas. Je vous en prie, n'en dites pas davantage. Voici mon oncle. Oubliez tout cela, monsieur Muller.»