Elle crut aussi entendre un gémissement de douleur derrière la maison et s'y dirigea pour se rendre compte. Près de la porte des écuries, elle trouva Jantjé se tordant, criant et jurant, la main sur son côté, d'où le sang coulait.
«Qu'y a-t-il? demanda-t-elle.
—Baas Frank! Baas Frank m'a frappé avec son fouet.
—La brute! s'écria Bessie, avec des larmes de colère.
—Calmez-vous, Missie, calmez-vous, répondit le Hottentot, son vilain visage livide de fureur, c'en est un de plus, voilà tout. Je l'ai marqué sur ce bâton.» Il montrait un long et épais bâton sur lequel étaient plusieurs entailles, au-dessous de trois marques profondes, creusées près de la pomme. «Qu'il ait l'œil au guet, qu'il cherche dans les herbes, qu'il se glisse autour du buisson, qu'il soit sur ses gardes tant qu'il voudra; un de ces jours, il trouvera Jantjé et Jantjé le trouvera!»
«Pourquoi Frank Muller s'est-il ainsi enfui au galop? demanda le vieux Croft à Bessie, lorsqu'elle revint à la véranda.
—Nous nous sommes querellés, répondit-elle, ne jugeant pas nécessaire de tout expliquer au vieillard.
—Vraiment? vraiment? Soyez prudente, chère enfant. Il n'est pas bon de se quereller avec un homme comme Frank Muller. Je le connais depuis bien des années et je sais que son cœur est mauvais, quand on le contrarie. Voyez-vous, ma chérie, on peut venir à bout d'un Boer ou d'un Anglais, mais les chiens de races croisées ne sont pas commodes à apprivoiser. Suivez mon conseil; réconciliez-vous avec Frank Muller.»
Ces sages avis n'eurent pas pour effet de relever le moral de Bessie, déjà suffisamment éprouvé.