En le regardant, la jeune fille comprit que la voix mentait. Toutes ses passions se reflétaient sur son visage, dont la beauté réelle ne servait qu'à rendre cette expression plus frappante.
«Je vais très bien, merci, monsieur Muller», répondit-elle, en essayant de continuer sa route, car elle se sentait grand'peur, ainsi isolée. Elle connaissait assez son admirateur pour redouter de se trouver seule avec lui, si loin de tout secours; personne aux environs et la maison à trois cents mètres au moins!
Il se plaça devant elle, de telle sorte qu'elle ne pouvait passer sans le repousser.
«Pourquoi êtes-vous si pressée? demanda-t-il; vous étiez immobile tout à l'heure.
—Il est temps que je rentre et que je m'occupe du souper.
—Le souper peut attendre un instant, Bessie, et moi, je ne le puis. Je pars demain matin pour Paarde Kraal et je veux vous dire adieu.»
Elle lui tendit la main.
«Adieu», dit-elle, plus effrayée que jamais de son attitude contrainte.
Il prît sa main et la garda.
«Laissez-moi passer, je vous prie, monsieur Muller.