«Si c'est vrai, répondit-il, ce misérable Muller y est pour quelque chose. Je vais rentrer et voir Jantjé; donnez-moi votre bras, John.»

Au bout du sentier assez raide qu'ils remontaient, ils aperçurent le gros Hans Coetzee cheminant à l'amble, sur son petit, mais robuste poney.

«Ah! reprit Silas Croft, voici l'homme qui nous dira ce qu'il en est»; et il cria de sa voix de stentor: «Bonjour, Om Coetzee; bonjour, quelles nouvelles apportez-vous?»

Le jovial Boer roula d'abord à bas de son cheval, lui jeta la bride sur la tête, et s'approcha d'eux.

«Dieu tout-puissant! Om Silas; les nouvelles sont mauvaises. Vous avez entendu parler du meeting à Paarde Kraal. Frank Muller voulait m'y emmener; j'ai refusé. Et voilà qu'ils ont déclaré la guerre au gouvernement britannique et envoyé une proclamation à Lanyon. On se battra, Om Silas; le sang coulera comme de l'eau et l'on tuera les pauvres Rooibaatjes comme des chevreuils.

—Les Boers, voulez-vous dire», grommela John, qui n'entendait pas que l'on parlât de l'armée de sa Majesté avec cette pitié dédaigneuse.

Hans Coetzee hocha la tête, en homme qui sait ce qu'il dit, puis écouta très attentivement le récit de Silas Croft, d'après la version de Jantjé.

«Dieu tout-puissant! gémit Coetzee, que vous disais-je? Les pauvres Rooibaatjes tués comme des chevreuils et la terre couverte de sang! Et maintenant Frank Muller va me forcer d'agir et d'aller tirer sur ces pauvres Rooibaatjes! et je ne les manquerai pas! Tels efforts que je fasse, je ne pourrai pas les manquer. Et quand nous les aurons tués, le vieux Bürgers reviendra sans doute, et il est fou! Oui, oui, Lanyon ne vaut guère, mais Bürgers est encore pire.»

Ce disant, le gros homme poussa un profond gémissement, à la pensée des difficultés dans lesquelles il allait être plongé, puis il s'éloigna par un sentier qui conduisait au sommet de la colline, après avoir déclaré que, vu la tournure des événements, il n'aimerait pas qu'on ébruitât sa visite à un Anglais.

«Ils pourraient croire que je ne suis pas fidèle au pays, ajouta-t-il, en manière d'explication; le pays que nous avons payé de notre sang, nous autres Boers, et que nous rachèterons de notre sang, quoique fassent ces pauvres troupeaux de Rooibaatjes! Ah! ces pauvres, pauvres Rooibaatjes!